La sixième édition de l'Africa Rising Music Conference a placé l'intelligence artificielle au cœur de son agenda, et pour une fois le cadrage n'avait rien de défensif. Tenue les 22 et 23 mai 2026 à Constitution Hill, à Johannesburg, la conférence a accueilli ce que les organisateurs ont présenté comme la première édition johannesbourgeoise du Berlin AI Think Tank, une initiative fondée par Paradise Worldwide, AIxchange, l'Association for Electronic Music, Fraunhofer IDMT et MusicTech Germany.

Pourquoi amener un think tank berlinois à Johannesburg ?

Parce que les catalogues injectés dans les systèmes génératifs sont mondiaux, mais que ceux qui écrivent les règles, eux, ne le sont presque jamais. La mission du Think Tank couvre le consentement des créateurs, la licence, la rémunération et la protection du droit d'auteur dans les systèmes de musique générée par IA. Amener tout cela en Afrique du Sud, le marché électronique et dance le plus actif du continent, est une tentative délibérée d'empêcher que le cadre soit rédigé en Europe puis dicté d'en haut.

L'objectif annoncé était sans détour : le démarrage d'un écosystème IA panafricain plus indépendant et durable pour la musique et les industries créatives. Les panels avaient un vrai poids technique et juridique, avec Steffen Holly de Fraunhofer IDMT, Marco Erler de Lausen Law et le producteur Henrik Schwarz parmi les voix citées, aux côtés d'organisateurs locaux comme Trenton Birch et Ollie Stoller.

C'est quoi, le Creative Weight Attribution, et pourquoi ça compte ?

La pièce maîtresse côté technologie, c'est le modèle Creative Weight Attribution d'AIxchange. En clair, il tente de répondre à la question que se pose tout ayant droit devant un morceau généré : quelle part vient de mon travail ? Le modèle analyse la manière dont les œuvres protégées influencent la musique générée par IA grâce à la similarité audio et à la technologie d'attribution, la même famille d'outils d'empreinte et de matching qui sous-tend déjà la surveillance radio et la détection de sync.

Le consentement reste un slogan tant que personne ne peut mesurer la dette et envoyer la facture.

Si l'attribution se quantifie, elle peut en théorie se licencier et se payer. Tout l'enjeu est là. Un producteur d'afro-house dont la signature rythmique surgit dans des milliers de morceaux synthétiques n'a aucun recours aujourd'hui. Un modèle d'attribution qui fonctionne, c'est toute la différence entre une plainte et une ligne de royalties.

Qui doit être dans la pièce pour que ça marche ?

Les sociétés de gestion. SAMPRA et CAPASSO figuraient parmi les acteurs locaux présents, et ce détail pèse plus que n'importe quel keynote. Ce sont les organismes qui collectent et redistribuent réellement les droits d'exécution et de reproduction mécanique en Afrique du Sud. Un cadre de consentement sans porte d'entrée vers une société qui verse l'argent, c'est un manifeste. Un cadre que SAMPRA et CAPASSO peuvent rendre opérationnel, c'est de l'infrastructure. Le Think Tank a présenté sa session de Johannesburg comme les premiers pas vers cet écosystème, pas comme le produit fini, et la conférence a fixé son retour en 2027 avant de clore.