Qu'est-ce qui change vraiment à 2 heures du matin ?

Pas grand-chose côté addition. Dans le texte que le conseil municipal de Denver a fait avancer ce mois-ci, la vente d'alcool doit toujours s'arrêter à 2 h, le même couperet que le Colorado applique depuis des décennies. Ce qui change, c'est ce qui se passe après le dernier service : les établissements qui optent pour la nouvelle licence nocturne pourraient garder les portes ouvertes, le son allumé et la piste pleine jusqu'à 4 h, en servant de l'eau, du soda et des boissons énergisantes à la place de l'alcool. C'est exactement le tour de passe-passe que des organisateurs d'after pratiquent officieusement depuis des années (on coupe le bar, on garde le DJ, on fait payer l'entrée), sauf que cette fois ce serait légal et encadré au lieu d'être simplement toléré.

Pourquoi une ville américaine assouplit-elle ses règles de nuit au lieu de les durcir ?

La plupart des histoires de politique nocturne qu'on couvre ici vont dans l'autre sens : hausses de tarifs, gel des licences, couvre-feux sonores qui poussent la scène un peu plus vers les entrepôts et les Airbnb que la ville ne voit plus. Le vote de Denver, 10 contre 1 en faveur du texte selon le Denver Gazette, va à contre-courant, et ça compte au-delà des limites de la ville : ça met un chiffre sur ce que les exploitants avancent depuis longtemps de façon informelle, à savoir que le vrai problème pour l'économie de la nuit n'est pas la musique, mais la fenêtre artificiellement courte dont ils disposent pour faire tourner la caisse et le bar. Deux heures de plus d'entrée payante et de programmation sans alcool, silent disco, sets live, purement dansants, c'est du chiffre d'affaires réel qu'une ville choisit de légaliser plutôt que de repousser vers la clandestinité.

Un vrai soulagement, ou une nouvelle usine à gaz administrative ?

Le piège est niché dans le même texte. Denver ne se contente pas d'ajouter deux heures à l'horloge : la ville met fin aux licences de salle de spectacle, de dancing et de cabaret qui couvrent les lieux de nuit depuis des décennies, à compter du 1er avril 2027, et les remplace par trois nouvelles catégories : « établissement de divertissement limité », « établissement de divertissement nocturne » et « établissement de divertissement pour adultes ». La raison invoquée par la ville est que l'ancien code ne couvre pas assez bien la sécurité et la prévention des violences, un objectif défendable en soi. Mais ça veut aussi dire que chaque club, chaque bar et chaque salle nocturne de Denver a moins de neuf mois pour comprendre dans laquelle des trois nouvelles cases il rentre, et pour refaire sa demande en conséquence, un grand ménage administratif habillé sous un titre qui sonne comme une pure bonne nouvelle pour la scène.

Deux heures de plus sur l'horloge, et un tout nouveau dossier de licence à remplir pour les obtenir.