Les artistes sud-africains ont gagne 504 millions de rands (environ 30,69 M$) sur Spotify en 2025, en hausse de 28 % sur un an et presque le double de ce qu'ils avaient encaisse en 2023. C'est le chiffre que Spotify voulait a la une lorsqu'il a ouvert les comptes de son bureau de Rosebank a la presse, le 8 mai. Celui qu'il a enterre dans le meme communique est pourtant celui qui dit vraiment a qui appartient le son : 74 % de cet argent provient d'auditeurs situes hors d'Afrique du Sud.

Relisez bien. Pres des trois quarts des royalties du plus gros produit d'exportation de l'amapiano sont payees par des gens qui n'ont jamais mis les pieds dans une backyard session de Pretoria. Le genre n'est plus une culture nationale dotee d'un public a l'etranger. C'est une economie d'exportation, et comme la plupart des economies d'exportation baties dans le Sud global, la demande, la plateforme et de plus en plus les droits se trouvent ailleurs.

Qui paie reellement pour l'amapiano ?

Pas Johannesburg. Spotify qualifie desormais le reste du monde de premier marche de la musique sud-africaine, et les chiffres le confirment : les artistes sud-africains ont ete decouverts par de nouveaux auditeurs plus de 1,6 milliard de fois en 2025, un bond de 40 %, et environ 3 550 d'entre eux ont atterri sur des playlists editoriales. La musique en langue zouloue a vu a elle seule ses royalties mondiales grimper de 37 % sur un an. Les artistes locaux les plus ecoutes forment le noyau de l'amapiano : Kabza De Small, Kelvin Momo, DJ Maphorisa.

La lecture optimiste, celle sur laquelle Spotify s'appuie, c'est que la demande est mondiale et que la porte est ouverte. "Leur succes est porte par une demande mondiale, qui garantit que les talents independants comme locaux sont decouverts par des milliards d'auditeurs", a declare Joceleyne Muhutu-Remy, directrice generale de la plateforme pour l'Afrique subsaharienne. Plus de la moitie des royalties sont bien allees a des artistes et labels independants plutot qu'aux majors, ce qui est reel et merite d'etre dit haut et fort.

Alors pourquoi un boom des exportations sonne-t-il comme un avertissement ?

Parce qu'une economie d'exportation ne vaut que par la part d'argent qui revient au pays, et le streaming est concu pour que l'essentiel n'y revienne pas. La plateforme prend sa commission a la source. L'edition, les licences de sample packs, les accords de synchro, l'infrastructure de management qui transforme un log-drum viral en catalogue : tout cela se comptabilise de plus en plus a Londres, a New York, et maintenant a Seoul. Quand 74 % de votre demande est a l'etranger, votre rapport de force l'est aussi, et les mieux places pour capitaliser sont ceux qui possedent deja la distribution.

Un son peut conquerir le monde et laisser ses createurs locataires de la maison qu'ils ont batie.

Les 504 millions de rands sont une vraie victoire pour les artistes qui ont ete payes. C'est aussi un tableau de la balance commerciale, et pour l'instant les echanges vont dans un seul sens.

A quoi ressemblerait reellement la propriete ?

Elle ressemblerait a des catalogues sud-africains administres par des editeurs sud-africains, a des sample packs qui paient les inventeurs du son plutot qu'une marketplace californienne, et a des societes de management qui gardent la longue traine au pays au lieu de la ceder sous licence. Rien de tout cela ne figure dans le rapport Loud & Clear, parce que rien de tout cela n'est a Spotify de regler. C'est a l'industrie locale de le faire. Le chiffre des exportations, c'est le recu. La question, c'est qui pourra le garder.