Depuis des années, le Brésil est l'un des plus gros publics de la musique de club et l'une de ses boutiques les plus mal servies. C'est cet écart que Beatport est venu combler à Rio.

L'occasion, c'était la Hot Beats Music Conference, organisée du 21 au 24 mai 2026 entre l'Hôtel Nacional et toute une série de salles de Rio, dont le D-EDGE Rio et une fête sur les hauteurs de Vidigal. Les cofondateurs Rafael Nazareth et Raphael Porto ont réuni plus de 1 500 participants, 150 intervenants, 40 panels et 20 ateliers, avec l'Amsterdam Dance Event en partenaire officiel. Le titre que les organisateurs voulaient, et ont obtenu, c'était le Brésil comme l'un des marchés les plus stratégiques au monde.

Qu'a vraiment annoncé Beatport ?

Le représentant mondial de Beatport, Raphael Pujol, a diffusé un extrait de documentaire sur le funk brésilien et a expliqué à la salle sa diffusion sur les dancefloors internationaux. Le genre Brazilian Funk de la boutique n'est pas nouveau, il est en ligne depuis avril 2025, aux côtés du funk carioca et des courants mandelão et BH. Ce qui était nouveau à Rio, c'était le volet commercial : des abonnements en reais à 60 pour cent de remise, un site qui s'affiche désormais par défaut en portugais pour les utilisateurs brésiliens, et une page vitrine Discover Brazil.

Dit sans détour, c'est une entreprise qui s'était exclue d'un marché par ses tarifs, qui l'admet, et qui tente de racheter sa place avant que le catalogue ne file ailleurs.

Le top 10 est-il réel ?

Les gens sur scène en sont convaincus. Le responsable de la programmation de l'ADE, Wiecher Troost, a dit que le Brésil était l'un des pays qui poussent le plus fort la musique électronique dans le monde et que le funk s'exporte déjà. Pujol a affirmé que le funk grandit vite à l'échelle mondiale, des DJ glissant ses voix dans leurs sets. Des artistes funk étaient aussi dans la salle : MC GW l'a dit sans détour, expliquant que le reggaeton est usé à l'étranger et que les gens se rabattent sur le fonk.

La donnée la plus tranchante est venue de Peter Strauss, directeur des opérations de l'UBC, l'organisme des compositeurs.

J'avais l'idée préconçue que la consommation de musique électronique au Brésil était majoritairement étrangère, mais ce n'est pas tout à fait exact.

La consommation penche vers le local. Cette seule phrase recadre tout l'événement : ce n'est pas un marché d'importation à qui vendre de la house européenne, c'est un marché d'exportation que le commerce mondial commence seulement à valoriser correctement.

Qui touche l'argent ?

C'est ici que l'optimisme a besoin de garde-fous. Le funk s'est construit dans les bailes de Rio avec du matériel bon marché, des 808 et des fichiers qui circulaient gratuitement, et il est devenu mondial via TikTok et les edits, pas via des téléchargements payants. Une étiquette de genre et un paiement en portugais ne ramènent pas, à eux seuls, l'argent vers la périphérie qui a fabriqué le son. Reste à savoir si les partages profitent aux créateurs du funk, et pas seulement aux DJ qui les samplent sur de plus grandes scènes : c'est la partie à surveiller une fois les panels terminés.