Pour la plupart des producteurs house et techno, Buchla, c'est un son plus qu'un objet qu'ils pourraient un jour posséder : la synthèse West Coast, l'oscillateur complexe, la low-pass gate, tout cela verrouillé derrière des systèmes modulaires à quatre chiffres et un mur de câbles de patch. Ziggy, dévoilé le 5 mai 2026, est la tentative de la marque de tendre ce son à ceux qui n'ont jamais adhéré à la religion du modulaire. C'est un instrument de bureau, sans cordons de patch, il enregistre ses sons, et il coûte 999 dollars.
Qu'est-ce qui fait du Ziggy un vrai Buchla et pas un synthé de bureau de plus ?
Le cœur, c'est vraiment l'architecture West Coast. Un Complex Oscillator entièrement analogique qui part d'une sinusoïde et se plie en pics, carrés et dents de scie via un wavefolder Timbre. Un Modulation Oscillator qui tourne lentement comme un LFO ou monte dans le spectre audio pour de l'AM et de la FM. Une low-pass gate au design Sallen-Key qui fonctionne en VCA, en filtre, ou les deux à la fois : ce comportement d'enveloppe percussif et organique qui fait aimer Buchla. Et par-dessus, un LFO triangle supplémentaire.
Le cerveau de modulation, c'est le Cycler, une source unique qui se comporte comme une horloge, une enveloppe, un LFO et un générateur aléatoire, avec un contrôle d'uncertainty qui introduit un chaos maîtrisé. C'est cette partie qui rend les patches Buchla vivants plutôt que programmés, et ici elle est intégrée au lieu d'être câblée à la main.
Pourquoi le design sans câbles change-t-il vraiment la donne ?
Parce que ce sont les câbles, la barrière d'entrée, pas seulement le prix. Buchla résume lui-même l'objectif par "the focus on making an 'instrument' rather than a 'synthesizer,'" et le Ziggy y parvient en mettant le numérique au contrôle de l'audio analogique. On assigne la modulation depuis la façade et, surtout, on peut créer, enregistrer et rappeler plus de 100 presets d'usine et utilisateur. Un Buchla modulaire oublie tout dès qu'on le débranche. Le Ziggy se souvient, et c'est le seul changement qui le rend exploitable sur scène ou en session.
Un Buchla qu'on peut rappeler n'est plus le même instrument qu'un Buchla qu'il faut reconstruire, et c'est cette seule fonction qui hisse cette lignée jusque sur la scène d'un club.
Le boîtier est en chêne et en acier, il s'alimente en USB-C, et une unité d'effets numériques ajoute reverb, delay, distorsion, chorus, pitch shift et flanger au son final. Pas de clavier à bord : on le pilote en MIDI depuis n'importe quel contrôleur, ou on l'associe au LEM218 de Buchla en pack à 1 999 dollars. Des entrées CV, gate et 1V/oct, plus une entrée audio externe vers la low-pass gate, laissent la porte ouverte à un setup plus large, et il y a un éditeur dans le navigateur via MIDI.
Est-ce celui qui va faire entrer Buchla dans les studios house et techno ?
C'est le Buchla qui a les meilleures chances jusqu'ici. L'oscillateur complexe et la low-pass gate sont exactement les outils qui donnent à la house organique et deep-tech ses textures boisées, percussives, qui respirent, et le wavefolder est une voie rapide vers les harmoniques métalliques que chassent les producteurs minimal. Le bémol est réel mais petit : la livraison est estimée à août ou septembre 2026, et 999 dollars n'est accessible que selon les standards Buchla. Face à un synthé analogique de bureau classique, ça reste un ticket premium. Ce qu'on paie, c'est une philosophie de sound design que personne d'autre ne propose, enfin sans le fouillis de câbles.



